La luxation de rotule chez le chien

La luxation de rotule peut résulter d’un traumatisme, mais le plus souvent, il s’agit d’une anomalie héréditaire et congénitale. Durant la croissance, une mauvaise conformation et/ou alignement de l’appareil extenseur du genou se met en place.

Cette conformation anormale peut résulter de diverses causes : d’une malformation de la trochée du fémur (qui devrait servir de point d’accroche à la rotule) manquant de profondeur, d’une hyperlaxité ligamentaire, d’une conformation anormale de la hanche, d’une déviation de la crête tibiale ou d’une longueur anormale du tendon patellaire

Chez les chiens de petite race, la luxation de rotule est fréquente, généralement médiale (vers l’intérieur) et congénitale/héréditaire, elle peut évidemment résulter d’un traumatisme également.

Chez les chiens de grande et moyenne race, la luxation de rotule est moins fréquente. Elle se fait la majorité du temps latéralement (vers l’extérieur) et de manière traumatique (chute, choc, etc.) - bien sûr, la luxation de rotule chez ces races de chien peut également résulter d’une conformation anormale des structures anatomiques du genou, comme une trochée peu creusée ou un muscle quadriceps impacté dans sa fonction.

Parlons symptômes… Le chien avec une rotule qui se luxe pourra marcher totalement librement (absence totale de symptômes) ou subir des boiteries, pouvant aller jusqu’à la boiterie sévère avec suppression d’appui !

En effet ! on observe plusieurs stades de luxation, 4 au total, allant du genou sain à la luxation la plus sévère :

STADE 1 : Genou sain

Lors de la locomotion avec un genou sain, la rotule (patella) glisse sans difficulté le long de la trochée du fémur (petite gouttière en partie basse du fémur). En extension, elle se stabilise en haut pour maintenir l’ouverture du genou. En flexion, elle se décroche afin de permettre la fermeture articulaire, et tout cela se fait DANS L’AXE !

On observe une luxation lorsqu’il y a déviation de la rotule hors de la rainure de la trochlée, bloquant le bon fonctionnement du genou…

STADE 2 : Luxation de rotule occasionnelle

Dans ce cas, la rotule bouge de temps en temps hors de la trochlée, cependant, elle peut être remise en place manuellement et le genou reprend sa fonction normale.

STADE 3 : Luxation de rotule fréquente

Idem que pour le stade précédent, la rotule se luxe spontanément, mais de manière plus fréquente ! En revanche, une mobilisation de la rotule permet sa remise en place et un retour à la normale des fonctions du genou.

STADE 4 : Luxation permanente

Dernier stade de luxation, et pas des moindre. Lors de la Luxation de rotule en stade 4, la rotule se retrouve hors de la rainure trochléaire de façon permanente, et aucune mobilisation manuelle ne lui permet de rester en place : Elle demeure luxée !

La friction répétée de la rotule contre le fémur provoque une réaction inflammatoire du tissu osseux, cela créer avec le temps une nouvelle coulisse de glissement en position anormale.

Cette nouvelle coulisse de glissement s’accompagne progressivement d’arthrose.

Traitement Vétérinaire : Remaniement de la trochée fémorale

Première étape de la chirurgie de réduction de luxation, ce remaniement consiste à creuser la trochée. En effet, il peut être, dans certains cas, nécessaire de redonner de la profondeur à la rainure trochléaire afin que la rotule ne glisse pas en dehors lors des mouvements de flexion - extension du genou.

L’avantage notable de cette technique est la préservation du cartilage articulaire, évitant autant que cela se peut, l’apparition précoce d’arthrose.

Traitement Vétérinaire : Remaniement de la crête tibiale

Deuxième étape de la chirurgie de réduction de luxation, cette opération consiste à déplacer la crête tibiale afin de stabiliser la rotule par réalignement des axes de mobilité (rotule - tubérosité tibiale - muscle quadriceps).

Pour se faire, la tubérosité tibiale est sectionnée puis déplacée latéralement (vers l’extérieur du genou). Ainsi, le mouvement s’opère plus aisément le long de la rainure fémorale.

Complications des luxations chroniques : quelle évolution dans le temps ?

A partir d’un stade avancé de luxation, où la rotule sort fréquemment de son rail, les structures alentours qui permettent le lien et le bon fonctionnement du genou, se retrouvent sollicitées de manière anormale. Ce phénomène de luxation se trouve également accentuée par la biomécanique naturelle du genou :

Lorsque le genou se fléchit, le fémur opère une rotation externe et le tibia opère une rotation interne. Lors de l’extension, le fémur opère une rotation interne et le tibia une rotation externe.

Ainsi, une mauvaise utilisation du genou implique une usure précoce des structures (os frottés entre eux, ligaments tirés, tendons inflammés,…), et par conséquent, des adaptations ici et ailleurs :

Ménisques douloureux, ligaments croisés anormalement sollicités, hanche via les muscles quadriceps, gracile, fessiers, bas du dos via les trajets nerveux, sanguins et lymphatiques, sans oublier le rôle des fascias !

Mais, nous commençons à déborder sur l’intérêt de la médecine ostéopathie …

Alors parlons-en !

Médecine Ostéopathie : A la recherche de l’équilibre

Le principe de l’ostéopathie étant de reconsidérer l’animal dans sa globalité et de soulager le corps de ses tensions résultantes de compensations, il me semble pertinent de mentionner l’intérêt du suivi ostéopathique lors de luxation chronique, traumatique après intervention et avis vétérinaire, ou bien en post-opératoire après chirurgie de remaniement. Nous comprenons aisément l’intérêt de suivi ostéopathique pour les deux dernières mention de suivi (libération des tensions accumulées et figées dans les tissus, accentué par la douleur d’un traumatisme - choc ou opération).

Ce qui m’intéresse de développer ici, c’est l’intérêt d’un suivi ostéopathique que l’on retrouve à agir sur l’équilibre des structures proches et environnantes afin de soutenir au mieux le corps, tenter de retarder ou annuler une opération lourde et limiter l’usure excessive des structures, dont l’apparition précoce d’arthrose.

Proposition de suivi ostéopathique de luxation de rotule (stade 4 exclu)

Je proposerais ici un travail allant du centre (structures du genou) vers l’extérieur (hanche, cheville (tarse), région pelvienne, bassin, dos et viscères associés).

Evidemment, puisque notre métier consiste à travailler avec du vivant, il convient de s’adapter à l’animal, son corps et la manière dont il nous communique ses besoins.

Commençons par le commencement : quelques rappels d’anatomie

Structures anatomiques centrales : ligaments & ménisques

Schéma des structures anatomiques du genou (grasset) d'un chien - vue latérale - vue caudale

Les muscles et fascias dans tout ça ?

Les muscles sont des liens et acteurs primordiaux dans le bon fonctionnement du corps, impliquant son mouvement harmonieux et sans barrages ni inconfort. L’articulation du genou est une des articulations majeures de la jambe, mise en fonctionnement par de forts muscles et tendons, particulièrement extenseurs et fléchisseurs :

Les grands muscles extenseurs du grasset

  1. Muscle Tenseur du fascia lata : ce muscle prend attache au niveau de la pointe de la hanche (+ fascia lata) et se porte sur la rotule et le tibia.

  2. Il a pour action de tendre la jambe, le fascia lata et le fascia jambier & de fléchir la cuisse

  3. Innervation : Nerf fessier Crânial (émerge en L6-L7-S1-S2 = dernières vertèbres lombaires/sacrum)

  4. Muscle Quadriceps fémoral : masse musculaire importante formée d’un chef long (muscle droit de la cuisse) et de 2 chefs courts (muscle vaste médial et latéral), intercalés par un chef intermédiaire (4 muscles au total), qui s’attachent sur la jambe (l’iliaque pour le muscle droit de la cuisse) et la rotule

  5. Il a pour action de tendre la jambe & de fléchir la cuisse via le muscle droit latéral

  6. Innervation : Nerf fémoral (émerge en L3-L4-L5 = dernières vertèbres lombaires)

Muscles de la cuisse, région latérale gauche

Les grandes muscles fléchisseurs du grasset

  1. Muscle Biceps fémoral : muscle large et épais à l’arrière de jambe, il s’attache sur les ischions (pointe de fesse) et sur la jambe

  2. Si le membre postérieur est au soutien et que le point fixe de mouvement se fait au bassin, le biceps fémoral a pour action de fléchir la jambe et de la porter en abduction. En revanche, si le membre est à l’appui, il agit comme un extenseur de la cuisse et contribue à l’impulsion.

  3. Si son point de mouvement se fait à la jambe, et que le membre est à l’appui, le biceps fémoral a pour rôle de de redresser le bassin

  4. Innervation : Nerf Sciatique (émerge en L6-L7-S1 = dernières lombaires/sacrum)

    Muscle Semi tendineux : Il représente la base de la région de la fesse, et s’attache sur les schions (pointe de fesse)

  5. Si le membre est au soutien, il tend la cuisse et fléchit la jambe. Si le membre est à l’appui, il assiste le biceps fémoral en participant à la détente du membre et au redressement du bassin

  6. Innervation : Nerf Sciatique (émerge en L6-L7-S1 = dernières lombaires/sacrum)

  7. Muscle Semi membraneux : il s’insère sur les ischions, puis se divise en 2 pour gagner le fémur (épicondyle médial) et sur le tibia (condyle médial)

  8. Il a pour action de tendre et de rentrer en dedans (adduction) la cuisse, et fléchir la jambe. Il intervient dans l’impulsion et le cabrer

  9. Innervation : Nerf fessier Crânial (émerge en L6-L7-S1 = dernières lombaires/sacrum)

Muscles de la cuisse, région médiale gauche

En ce sens, il convient alors de vérifier l’état de mobilité et de vitalité de l’ensembles des structures que nous venons de voir : ligaments, ménisques, muscles, tendons, fascias… mais également de leurs liens avec ce qui leur permet de fonctionner correctement !

Par exemple, disons que l’ostéopathe se trouve face à un manque d’extension du genou droit, il convient de tester l’état de tension des structures autour et de vérifier la mobilité du rachis, et principalement des vertèbres lombaires et du bassin, car nous avons vu que les nerfs sciatique et fémoral/fessier, sortent de la colonne vertébrale au niveau des dernières vertèbres lombaires, et du sacrum. En effet, ces nerfs innervent les muscles responsables de la flexion ou extension du genou, or, une vertèbre ne se trouvant plus dans un état de neutralité, peut pincer un nerf et donc modifier le passage de son information envoyée aux muscles. Cela peut impliquer des contractions musculaires, détentes musculaires.

Soutenir le genou dans le cas de luxation de rotule peut donc passer par un traitement global et spécifique du genou, du bassin, des vertèbres lombaires à minima

Il ne doit, à mon sens, pas oublier de tenir compte des impacts que peuvent avoir les fascias sur l’ensemble du membre postérieur, le dos, l’avant-main, la nuque et plus encore, …


Ecriture de la suite en cours … En attendant, Bonne lecture !!

Affaire à suivre … 👀

Images provenant du site de la Clinique vétérinaire du Dr BISMUTH - Boulogne-Billancourt (92100)

https://dr-bismuth-veterinaire-boulogne-92.fr/content/luxation-de-rotule-veto-boulogne-billancourt-92-sophie-bismuth

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